Zao Wou Ki

 

 

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Zao Wou-Ki ou la sérénité retrouvée 

Zao Wou Ki, né à Pékin en 1921, est un descendant de l’illustre famille Song qui régnait sur la Chine du Nord à l’époque médiévale. La position particulière qu’il occupe aujourd’hui dans le cercle des artistes contemporains, où il entra à petites touches et à grands traits, il y a un demi-siècle, ne doit cependant strictement rien à ses origines, aussi prestigieuses qu’elles puissent être. 

Comme pour tant d’autres hommes de talent, sa renommée s’est, en vérité, construite sur des décisions de rupture et sur des rencontres, moins fortuites que suscitées par le destin. 

Ainsi, son départ de Chine en 1947 pour l’Occident ne peut être apprécié comme une simple volonté d’expatriation à l’heure où la guerre civile déchire son pays. Cette décision n’est rien d’autre que le choix réfléchi d’un artiste, éduqué à l’Académie des Beaux Arts d’Hangzhou, dans le culte de la peinture chinoise traditionnelle, et qui subit un jour une fascination, celle de la peinture occidentale moderne, que Malraux a appelé « la plus grande entreprise de destruction et de création de formes de notre temps » et que l’œuvre de Picasso incarnera aux yeux du public, presqu’à elle seule et tout au long de la vie de l’artiste. 

Prisonnier, comme tout homme, de son passé, Zao Wou-Ki, à son arrivée dans le quartier Montparnasse, est très nécessairement conduit à devenir un « artiste de synthèse », mariant deux traditions picturales, celle de sa terre natale, celle de son pays d’adoption, apportant ainsi un démenti au célèbre adage de Kipling selon lequel « Vent d’Est et Vent d’Ouest ne se rencontrent jamais ».
Est-ce à la terrasse de la Coupole ou dans son petit atelier rue du Moulin-Vert, où il voisinait avec Giacometti, que Zao Wou-Ki fit la connaissance d’Henri Michaux… peu importe. Ce qui est sûr, c’est que la rencontre entre l’un des princes du surréalisme et le jeune exilé pékinois sera décisive pour ce dernier. 

Michaux, explorateur de l’inconscient et du rêve, n’a guère de mal à convaincre Zao Wou-Ki de renoncer à représenter le monde visible. Dès lors, tout caractère anecdotique ou descriptif des motifs disparaît des toiles de l’artiste pour laisser place à la lumière, quelquefois tamisée par les nuages ou la pluie, quelquefois éclatante avec des couleurs de feu d’artifice, dans des structures tourbillonnantes de queues de comètes. 

« Ma peinture, » écrira Zao Wou-Ki, en 1976, à propos de cette époque, « devient illisible. Natures mortes et fleurs n’existent plus. Je tends vers une écriture imaginaire, indéchiffrable ». Indéchiffrable mais pas inintelligible cependant pour celui qui, tombé en arrêt devant une toile de l’artiste, accepte de se laisser entraîner dans ces abîmes mystérieux, ces fonds sous-marins, ces grottes fantasmagoriques, ces ciels à la fois paisibles et tumultueux, où l’observateur évolue dans une totale impression de liberté physique et d’apesanteur. 

Si sur les conseils d’Henri Michaux, mais aussi de Paul Klee, Zao Wou-Ki s’est détourné de l’art figuratif où il eut peut être excellé, une autre rencontre dans les années 60 avec l’un des personnages les plus excessifs du siècle va donner à l’œuvre de notre artiste un nouvel élan. Ancien colonel d’aviation dans l’armée républicaine de la guerre d’Espagne, mais présentement Ministre des Affaires Culturelles, André Malraux, se prend d’amitié pour Zao Wou-Ki dont il admire le style raffiné. Il lui confie la tâche d’illustrer la réédition de sa première œuvre majeure : « la Tentation de l’Occident » publiée en 1926. 

Pour Zao Wou-Ki, selon le mot de Voltaire : « l’amitié d’un grand homme est un bienfait des Dieux ». Dans les épreuves personnelles que traverse à l’époque notre artiste, fragilisé par le décès de son épouse et prêt à arrêter son oeuvre, l’affection de Malraux est d’un puissant secours. Sur son impulsion, Zao Wou-Ki s’essaye aux peintures « grands formats », paysages abstraits traversés de fulgurants jaillissements. Son talent s’exprime à l’aise dans ces dimensions exceptionnelles qui vont lui ouvrir grand les portes des plus importants musées d’Art Moderne du monde.
Si l’on prend le recul nécessaire pour mieux considérer l’oeuvre de Zao Wou-Ki, dans une vision à la fois dynamique et chronologique, on ne peut manquer d’être étonné par l’évolution intervenue, au fil des jours, dans la « manière » du peintre, évolution dont on peut situer l’accélération à l’arrivée des années 80. 

Après luttes et épreuves, l’artiste a-t-il retrouvé, par son mariage avec Françoise Marquet, une sorte de sérénité ? Comprend-il alors qu’il vient d’obtenir la reconnaissance internationale de son talent grâce à deux expositions particulièrement brillantes à New York, nouvelle capitale de l’abstraction, l’une en 1981, l’autre 5 ans plus tard. Même la Chine, son ancien pays sur le chemin de l’apaisement, le revendique maintenant. 

Sur les toiles de Zao Wou-Ki, on s’aperçoit que les angoisses profondes s’estompent et que la quiétude s’installe. Des huiles comme « Aube, aucun soir ni aucun matin » de 1957 donnaient une idée un peu effrayante du monde imaginaire où évoluait le peintre. Quel contraste avec le merveilleux triptyque « Hommage à mon ami Henri Michaux » peint quelque 40 ans plus tard. Par un étrange retour aux sources, voici Zao Wou-Ki retrouvant la grâce du grand maître chinois Xia Gui, au 13ème siècle, auteur de paysages baignés de vapeurs brumeuses où l’espace vide devient rêve… 

Le beau visage du peintre lui-même, lissé par le temps et auréolé de cheveux blancs, tel qu’il nous apparaît sur la couverture du livre que lui ont consacré les éditions Cercle d’Art, nous en dit long sur son évolution intime. 

Pour Zao Wou-Ki, après bien des tempêtes, le beau temps de la sérénité s’est installé. Résistera-t-il longtemps à la douceur d’un certain hédonisme ? 

En acceptant, après bien d’autres grands talents, de rendre hommage au vin de champagne dans la « Taittinger Collection », Zao Wou-Ki ne nous envoie-t-il pas un clin d’oeil malicieux qui pourrait bien être un début de réponse ? 

Claude Taittinger 

Extraits biographiques 

Zao Wou-Ki (Wou-Ki de son prénom) est né le 13 février 1921 à Pékin, sa famille appartenant à la très ancienne dynastie Song. 

En 1935, à quatorze ans, il réussit l’entrée à l’Ecole des Beaux Arts de Hangzhou. Après six ans d’études, en 1941, il est nommé assistant professeur et fera sa première exposition à Chang-King.
En 1948, il vient en France et s’installe à Montparnasse. Il fréquente l’Académie de la Grande Chaumière où il rencontre Riopelle, Soulages, Hartung, Giacometti, Vieira da Silva. 

En 1950, Henri Michaux qui admire son travail le présente au marchand Pierre Loeb qui l’expose à plusieurs reprises dans sa galerie. 

Sa peinture figurative influencée par Paul Klee devient abstraite à partir de 1956.
En 1969, il traverse l’Amérique du Nord avec Pierre et Colette Soulages puis le Mexique où il séjourne chez le peintre Rufino Tamayo. 

En 1975, René Char préface son exposition à la Galerie de France. 

En 1983, le Ministère de la Culture Chinois invite Zao Wou-Ki à exposer au Musée National de Pékin. 

En 1988, parution d’ « Autoportrait », l’autobiographie que Zao Wou-Ki a écrit en collaboration avec Françoise Marquet. 

En 1998, grâce au voyage qu’il fait en Chine avec le Président Jacques Chirac, une rétrospective est présentée au Musée des Beaux Arts de Shanghai, au Palais des Beaux Arts et au Musée d’Art Moderne de Canton. 

1999-2000, présentation au Petit Palais, Musée des Beaux Arts de la ville de Paris, à la fin de l’exposition « Chine : la gloire des Empereurs », une sélection d’une quinzaine d’oeuvres dont le grand triptyque « Hommage à Henri Michaux ». 

2003, exposition de Zao Wou-Ki à la Galerie Nationale du Jeu de Paume proposée par Daniel Abadie, dans le cadre de l’année de la Chine. 

Merci à http://www.creativtv.net/v2/06/wouki.html 

 



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Un commentaire

  1. Dan dit :

    Can you please tell me the name of the Zou Wou Ki painting on this site?

    Thank you.

    -Dan

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