Balthus

Aujourd’hui, je voudrais partager avec vous ces extraits d’un livre que j’aime, écrit par Stanislas Klossowski de . Il s’agit du  »Balthus »paru chez Thames & Hudson.

« Voilà bien l’essentiel : il faudrait commencer par regarder afin de voir clair, car l’œil, distrait et fatigué par les multiples sollicitations sensorielles de la vie moderne, devient inerte et l’on ne voit plus rien du tout. Alors, comme cela fait partie du snobisme culturel, on lit les notices puis, rassuré et se croyant « informé », on regarde vaguement, mais, au juste, que voit-on ?

… Je pense donc, sincèrement, que si l’on souhaite y voir clair, il faudrait peut-être s’essayer à la contemplation pour chercher à y parvenir. Par « contemplation », j’entends une sorte de concentration de la vision provoquant la disponibilité intérieure requise par laquelle est rejointe l’unité entre l’être qui voit, la chose vue, et l’acte de voir.

La peinture ne représente plus quelque chose d’extérieur ou d’objectif, mais une vision pénétrante de la véritable Réalité intérieure, à la fois immanente et transcendante. « L’Occident, observe très justement André Malraux, connaît peu la Réalité intérieure, parce que notre individualisme tient toute Réalité intérieure pour subjective et la confond avec le caractère particulier qu’expriment les œuvres… L’Extrême Orient traditionnel ne s’intéressait pas aux sentiments personnels des peintres mais à leur faculté de sourciers.

La Réalité intérieure existait à l’égal de l’autre. La seconde était confirmée par le témoignage de nos sens ; la première par le témoignage d’un sens supérieur, que partageaient tous les hommes cultivés comme tous les croyants partagent le sens religieux. La réalité commune était celle des hommes du commun. Seul, l’art atteignait la Réalité intérieure ; on ne la connaissait pas, on la reconnaissait…

Nous parlions souvent ensemble du problème de l’apprentissage du métier de peintre devenu si difficile de nos jours, Autrefois, sa technique et ses multiples secrets artisanaux s’apprenaient dans l’atelier d’un maître. Balthus déplorait, toujours avec éloquence, la perte de ces bases et l’extraordinaire appauvrissement qui en découle. Cette perte du vrai métier qui, paradoxalement, favorise la prolifération d’une foule de très mauvais peintres. Il comparait ce triste état de choses à celui dans lequel se trouverait quelqu’un qui voudrait écrire dans une langue dont il ne connaîtrait ni le vocabulaire, ni la grammaire, ni la syntaxe.

Longtemps, il chercha sa voie à tâtons avec l’énergie du désespoir, car c’était le langage pictural lui-même qu’il lui fallait redécouvrir et constamment réinventer.

Les étapes de son évolution artistique l’amenèrent, après ce qu’il appelait lui-même « les balbutiements de ses débuts », à ressentir l’impérieuse nécessité de saisir coûte que coûte le mirage de la réalité… Par manque de métier, il employait alors des moyens plus liés au dessin qu’à la peinture. Puis survint le doute, accompagné des affres de l’angoisse car, disait-il, « la nature même de ce que je voyais m’échappait de plus en plus ». Mais cette longue et pénible épreuve allait, à la longue, lentement mais sûrement, favoriser le mûrissement nécessaire de sa vision afin que puisse finalement s’accomplir la mystérieuse transfusion qui fait d’une image de la peinture (ce que Braque appelait « le fait pictural »).

Chacune de ses œuvres récentes, était un pas de plus vers un mystérieux idéal, à la fois connu et inconnu, qu’il n’était jamais certain d’atteindre.

… Balthus, malgré son grand âge et une santé de plus en plus fragile, continua à travailler et à peindre jusqu’à la fin, comparant l’acte de peindre à celui de prier. Ainsi, pas à pas, il se dirigeait vers cette Patrie du cœur retrouvée après l’Exil de la vie.

Selon le Baghavad Gita, l’homme dévoué à sa vocation découvre la perfection… Cet homme, dont la louange et la prière consistent à accomplir la tâche qui lui est propre, découvre par son propre travail la perfection. Hermès Trismégiste affirme que puisque le monde est Création divine, celui qui en rehausse la Beauté par sa diligence collabore avec la Volonté divine. Sa récompense finale sera que Dieu nous rendra à la meilleure partie de notre nature, qui est divine. »

Stanislas Klossowski de Rola – « Balthus »  – Thames & Hudson



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