Balthus

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Voici un des peintres qui nous ont quitté qui me touche particulièrement. C’était un maître, un seigneur ! Quelle classe.

Je vous livre ici un article publié dans le Monde des Arts:

« De son vrai nom Balthasar Klossowski de Rola, Balthus est né à Paris le 29 février 1908, dans une famille d’origine polonaise liée aux milieux artistiques et littéraires et passe sa jeunesse entre les villes de Berlin, Berne, Genève et Paris et ses vacances d’été au Beatenberg, dans la région du lac de Thoune, en Suisse, entre  les années 1917 et 1927. Il s’intéresse très tôt au dessin et à la peinture. Totalement autodidacte, il réalise dès l’âge de 12 ans une série de dessins, et en publie un livre, encouragé par Rainer Maria Rilke, un ami de sa mère, pré-facé par le poète, et édité en 1921, sous le titre « Mitsou le Chat ». C’est en 1924, qu’avec sa mère Baladine Klossowska, et sa famille liée à André Gide, André Derain et Pierre Bonnard qu’il vient alors s’établir à Paris où il restera jusqu’en 1954. 

Paris, alors qu’il n’a que seize ans, est pour lui une ville d’un certain mystère, d’une étrangeté, d’une lumière particulière, avec des lieux, des personnages, des odeurs qui l’envoûtent  et lui procure une sensation pénétrante de mélancolie, l’impression d’une certaine solitude et d’une absence existentielle, qui l’inspirent et dont il imprègnera ses premiers tableaux. Il écoute bien sûr les conseils qu’André Derain et Pierre Bonnard lui prodiguent, mais il se passionne aussi pour Nicolas Poussin, dont il s’exerce à copier les œuvres au Louvre, telle que le fameux « Echo et Narcisse ». Il est nostalgique de l’art du grand maître, mais aussi des personnages de Piero della Francesca ou de Masaccio et l’admirateur de Gustave Courbet. Son « Jardin du Luxembourg » qu’il peint en 1927, où il figure des jeux d’enfants, révèle déjà cette étrangeté de la lumière, des couleurs et de l’attitude des personnages à laquelle il s’attache. « Le café de l’Odéon » en 1928 et « Les Quais » qu’il réalise en 1929, confirment cette vision énigmatique de la ville et de la solitude des êtres dans leur activité absente. 

Une toile qu’il peint en 1929, et qu’il intitule « La Rue » illustre l’atmosphère de la Rue Bourbon le Château, à l’angle de la Rue de l’Echaudé. Un personnage main sur le cœur se dirige le regard absent vers le spectateur au milieu d’une rue baignée d’une lumière sépia, tandis que s’activent des passants qui semblent enfermés dans leur pensée ou dans leur destin. Dès le début des années trente, il peint des portraits de jeunes filles, des groupes de figures et des paysages de la ville et quelquefois de la campagne, qui forment de grandes compositions, mais il en revient au thème de « La Rue » avec cette autre composition peinte en 1933, et qu’il montre pour sa première exposition à la Galerie Pierre en 1934. 

Celle ci fait scandale, le révèle, et le fait connaître d’André Breton, ou de Jean Paul  Sartre. Cette toile représente une rue dans laquelle des personnages évoluent avec leurs regards fixes et hypnotiques comme des automates, dans une existence séparée du monde. Il s’agit de la même rue que celle qu’il avait peinte en 1929, et en partie des mêmes personnages absorbés par leur silence intérieur. Seuls des enfants donnent un semblant d’animation à cette toile figée: l’un semble montrer son intérêt pour le jeu d’une balle écrasée sur le sol, tandis qu’un garçon aux yeux fermés saisit la main d’une adolescente dans un jeu où transparaît l’attrait d’une sexualité naissante. Balthus manifeste dans cette toile cette indépendance qui l’opposera toujours au surréalisme qu’il considéra toujours être une faillite de l’art. Résolument figuratif, ses tableaux au fil des années représentent plus volontiers des scènes à la fois intimistes, insolites et érotiques, dans lesquelles, des jeunes filles, ou des personnages évoluent dans cette absence constante, repliée sur soi, et une pensée à la proie du rêve, du cauchemar ou de l’inconscient. 

« Alice dans le miroir » en 1933, qui représente une jeune fille aux yeux aveugles, ignorant le regard de l’autre posé sur sa nudité innocente, ainsi que le portrait qu’il intitule « André Derain » en 1936, révèlent aussi que finalement, ce ne sont pas les êtres, ni les choses que Balthus peint, mais davantage, les rapports d’absences et de silences qui les lient, comme une dissolution tragique de la communication. Ce que l’on croit comprendre avec Balthus, c’est que tout individu est seul au monde. « Thérèse Rêvant » en 1938, ou Les Beaux Jours » en 1944, ou encore « Deux jeunes filles » en 1949 transcrivent  une dimension supplémentaire dans l’œuvre de Balthus. Il y a sans doute de l’érotisme dans ces toiles, mais l’abandon de ces jeunes filles dans le sommeil ou dans le miroir traduisent essentiellement la fuite et l’éloignement du monde, l’abandon à un bonheur perdu et inconnu que procure le rêve. Le symbolisme s’exprime dans la traduction d’un bonheur qui est là en soi, davantage qu’il n’est avec les autres. Il figure une quête nostalgique de paradis perdus dans le passé des rêves ou de l’enfance. 

« Le Passage du Commerce Saint André » et par opposition « La Chambre » qu’il peint la même année en 1952, confirment cette démarche intellectuelle et quasi existentialiste de sa peinture. L’instant, la lenteur, le silence, la solitude, l’absence, le dérisoire dépeignent le théâtre du monde où le dedans s’éprouve dans le  dehors. Ses compositions méticuleusement travaillées, laissent la place à un sensation de vie entre la veille et le sommeil, comme l’expression de l’instant suspendu qui fige l’action dans son déroulement. Là où beaucoup ne voyaient, qu’une peinture traditionnelle chez Balthus dominée par la gamme de couleurs ocre et terres, Antonin Artaud qui l’avait rencontré dès 1934, y voyait une « peinture de tremblement de terre » disait-il sous un calme factice. « Cette peinture tellurique sent la peste, la tempête et les épidémies », disait-il, et il reconnaissait en Balthus l’un des ses adeptes de son théâtre de la cruauté. 

A partir des années 1950, la gamme de ses couleurs semble s’éclaircir à la faveur peut-être de son départ de Paris, pour aller vivre dans le Morvan à Chassy  en 1954, et y retrouver peut être le contact avec la nature qu’il avait connu durant sa jeunesse lors de ses voyages en Suisse. On retrouve des oppositions de couleurs bleu et jaune et le vert et rouge, déjà vues quelquefois comme dans « Le Ceriser » en 1942 ou dans « Jeune fille en vert et rouge » en 1944, ou encore dans « La Partie de Cartes » en 1948, mais qui se développent pour donner des impressions d’automnes ensoleillés que traduisent si bien les paysages et la vie à  Chassy tel que dans  « Jeune Fille à la Fenêtre « en 1955. En 1956, le Muséum d’Art Moderne de New York organise une rétrospective de son œuvre qui lui permet d’être dès lors totalement reconnu en opposition avec le développement de la peinture abstraite, et maître d’un retour attendu à l’expression figurative. 

L’œuvre du peintre, pour lui, comme l’expliquera son biographe Jean Clair, « c’est de refuser la boue », ainsi que le lui avait enseigné Rilke. « C’est tourner le dos à ce qui, dans l’art de notre époque, en croyant exprimer sa singularité, tire en fait l’être en arrière, et le ramène au magma ».
Loin des modes, ne disait-il pas de lui même: « Je suis né dans ce siècle, mais j’appartiens bien davantage au XIXème siècle ». 
D‘abord marié en premières noces à Antoinette Von Wattenwyl qui lui avait donné deux enfants, Stachou et Thaddée, Balthus épouse en octobre 1967 Setsuko Ideta, dont il a une fille, Harumi.
Considéré à cette époque comme l’un des plus grands peintres réalistes de son temps, il prend  la direction de la Villa Médicis à Rome, en 1971 par le souhait de son ami, le ministre André Malraux, et ce jusqu’en 1977. 

C‘est alors qu’il se retire en Suisse dans son chalet vaudois de Rossinière pour continuer à peindre de nombreux paysages ainsi que des scènes intimistes, tel que « Nu Assoupi » en 1980. La réputation de Balthus va dès lors grandissant à partir de 1984, lors des grandes rétrospectives de Paris et New York, mais aussi par de régulières et importantes expositions au travers le monde jusqu’à être l’un des rares artistes à avoir été exposé au Louvre de son vivant.  Il avait été aussi l’ami de Miró, dont il avait fait le portrait en 1938, et avait été l’illustrateur  par ailleurs de certains ouvrages littéraires tel que « Les Hauts de Hurlevent » pour une édition de 1935. Il avait aussi réalisé les décors de théâtre pour « La Peste » d’Albert Camus en 1949, ainsi que ceux de ‘L’Ile aux Chèvres  » d’Ugo Betti en 1952. Décédé dans son Chalet de Rossinière en pays de Vaud en Suisse le 18 février 2001, il laisse derrière lui une œuvre totalement singulière de plus de 350 peintures connues à ce jour, de plus d’un millier de dessins et d’une cinquantaine de carnets de croquis. 

Balthus ne se considérait pas comme un artiste mais comme « un travailleur », il disait l’ »Art est un métier ». « Depuis longtemps, la notion d’avant garde en peinture ne signifie plus rien. Les faux ama-teurs d’art, les spéculateurs achètent ce qu’ils ne savent pas déchiffrer, de peur de rater le coche. C’est le grand malentendu de l’art moderne. Ce phénomène a favorisé l’éclosion de la dictature de la non figuration, à laquelle s’opposent les dictatures expressionniste, surréaliste, minimaliste, non moins repoussantes et tout aussi prometteuses de réveils désagréables… Quand je peins, je n’essaie pas de m’exprimer, mais plutôt d’exprimer le monde » disait- il, (à Véronique Prat en février 1998 dans une interview au journal Le Figaro).  Le Monde des Arts » 

Merci à http://www.lemondedesarts.com/Dossierbalthus.htm 

 



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